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 Anton Tchekhov, un Pouchkine en prose

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Annwvyn
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Annwvyn

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MessageSujet: Anton Tchekhov, un Pouchkine en prose   Mer 25 Fév 2015 - 21:54

ANTON TCHEKHOV
(1860-1904)

Je crois qu’il est temps pour moi d’ouvrir un topic à mon auteur préféré (oui, c'est mon auteur préféré à moi I love you ). Ca fait longtemps que j'en avais l'intention. Ce topic est certainement voué à dormir tranquillement, mais peu importe. Ce serait impardonnable que Tchekhov n'ait pas sa chambre ici. Ce sera une courte présentation, parce que je crois que Tchekhov est un auteur à lire, à écouter, à ressentir.


Trop peu connu, Anton Tchekhov est un auteur plein de délicatesse et d’intelligence, son écriture est simple, sincère et émouvante. Il y a chez lui quelque chose qui me parle profondément, et qui fait que ses textes, aussi bien ses pièces que ses nouvelles, me font naturellement voyager, ressentir, pleurer et respirer. C'est un auteur qui parle de la vie, avec une infinie élégance. Il mérite qu'on le lise, et qu'on le relise, et je vous y invite. I love you

Je ne vais pas m’étendre sur sa biographie. Je vous invite à aller voir la page wikipédia Arrow qui donne un très bon aperçu de qui était notre Tchekhov.

Citation :
Anton Pavlovitch Tchekhov ou Tchékhov1 (en russe : Антон Павлович Чехов2), né le 29 janvier (17 janvier) 1860 à Taganrog (Russie) et mort le 15 juillet 1904 à Badenweiler (Allemagne), est un écrivain russe, principalement nouvelliste et dramaturge. Tout en exerçant sa profession de médecin, il publie entre 1880 et 1903 plus de 600 œuvres littéraires ; certaines pièces souvent mises en scène à l'heure actuelle — La Mouette, La Cerisaie, Oncle Vania — font de lui l’un des auteurs les plus connus de la littérature russe, notamment pour sa façon de décrire la vie dans la province russe à la fin du XIXe siècle.

Un jeune surdoué, travailleur, d’une santé fragile, attachant mais pas si facile à vivre, en charge dès son jeune âge de toute sa famille, et qui mènera longtemps de front ses carrières de médecin et d’écrivain. Il se jugeait incapable d’aimer, alors que ses pièces sont si sensibles !

« Je n'ai jamais connu l'amour. Oh ! j'en ai tellement rêvé, depuis si longtemps ! Mais mon cœur est comme un piano précieux fermé à double tour, dont on aurait perdu la clé » (Irina, Les Trois soeurs)


Le titre du topic vient de Tolstoï himself. Razz Je vous cite la préface du dernier livre que j’ai acheté (Merci Dr Tchekhov, correspondance entre Maxime Gorki et Anton Tchekhov) écrite par Jean Pérus : « Tchekhov a enrichi la littérature russe d’un genre nouveau, le conte, où d’emblée il est un maître, supérieur à Maupassant au jugement de Tolstoï ; il a poussé la nouvelle à un degré de perfection que n’avaient atteint ni Gogol ni Tourgueniev ; il a donné au théâtre russe le drame qui lui manquait. Tolstoï prononce sur lui le jugement le plus élogieux dont puisse rêver un écrivain russe : « C’est un Pouchkine en prose ». »

Je connais peu ses nouvelles, bien plus ses pièces de théâtre. J'ai également acheté ses carnets de voyages au bagne de Sakhaline. Côté théâtre, j’ai d’abord joué Platonov, sa toute première pièce (une pièce fleuve, plutôt des morceaux de pièce qui joués en entier durent 6 heures). Puis j’ai vu au théâtre Les Trois sœurs (que j’ai adoré, qui m’a bouleversée) et La Mouette. Il y a chez Tchekhov un je-ne-sais-quoi qui m’est familier, tout le monde parle beaucoup, boit beaucoup, et se croisent les âmes pures, les gens désabusés et cyniques, la vulgarité… mais toujours Tchekhov est là, avec sa plume délicate et naturelle, avec ses dialogues qui donnent corps et âme à ses personnages. Ses pièces sont caractéristiques de l’âme russe, ce mélange entre mélancolie profonde et rire forcé.

« La brutalité m’énerve, me vexe, je souffre du manque de finesse, de douceur, d’amabilité.
- […] Le Russe a une tendance naturelle à cultiver des idées élevées, mais pourquoi reste-il à un niveau si médiocre dans la vie ? »
(Macha, Les Trois soeurs)


Citation :
Petit aperçu de ses écrits
Pièces de théâtre
v. 1878 : Platonov ; drame en quatre actes (russe : Безотцовщина, Sans Père)
1884 : Sur la grand-route ; étude dramatique en un acte (russe : На большой дороге)
1886, 1902 : Les Méfaits du tabac ; scène-monologue en un acte (russe : О вреде табака)
1886 : Le Chant du cygne ; étude dramatique en un acte (russe : Лебединая песня)
1887 : Ivanov ; drame en quatre actes (russe : Иванов)
1888 : L'Ours ; farce en un acte (russe : Медведь)
1888-1889 : Une demande en mariage ; farce en un acte (russe : Предложение)
1889 : Tatiana Repina ; drame en un acte (russe : Татьяна Репина)
1889 : Le Sauvage ou L'Homme des bois ou Le Génie des forêts ou Le Sylvain ; comédie en quatre actes (russe : Леший)
1889-1890 : Le Tragédien malgré lui ; farce en un acte (russe : Трагик поневоле)
1889-1890 : La Noce ; farce en un acte (russe : Свадьба)
1891 : Le Jubilé ; farce en un acte (russe : Юбилей)
1895-1896 : La Mouette ; comédie en quatre actes (russe : Чайка)
1897 : Oncle Vania ; scènes de la vie de campagne en quatre actes (russe : Дядя Ваня)
1901 : Les Trois Sœurs ; drame en quatre actes (russe : Три сестры)
1904 : La Cerisaie ; comédie en quatre actes (russe : Вишнёвый сад)

Recueils de nouvelles
Les Contes du Melpomène (1884), contient les nouvelles Femmes d'artistes, Il et Elle, Deux scandales, Le Baron, La Vengeance
Récits bariolés (1886)
Dans le crépuscule ou autre traduction Dans les ténèbres (1887), a reçu le prix Pouchkine en 1888
Innocentes Paroles (1887)
Nouvelles et Récits (1894)

Autres genres
1884-1885 : Drame de Chasse ; roman policier publié en feuilleton (russe : Драма на охоте)
1890 : Notes de Sibérie ; notes (russe : Из Сибири)
1893 : L’île de Sakhaline ; carnets de voyage (russe : Остров Сахалин)

« Vous n’avez aucune idée de l’enfer dans lequel je vis ! Un enfer de vulgarité et de déception. […] Mais voilà que surgit la vie quotidienne. Elle vous enveloppe toujours plus étroitement de sa misère. Les années passent, et que voyez-vous alors ? Des millions de gens dont la tête est vidée par l’intérieur. » (Platonov, Ce fou de Platonov)

Voilà pour la présentation. N'hésitez pas à vous lancer dans la lecture de cet auteur. Rien ne vaut une pièce de théâtre (bien jouée - et à mon sens, le classicisme sied à Tchekhov), mais je pense que ses pièces se lisent aussi. Et ses nouvelles sont un régal aussi. I love you
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MessageSujet: Re: Anton Tchekhov, un Pouchkine en prose   Mer 25 Fév 2015 - 22:22

cheers  merci  Annwvyn un auteur que j'ai abordé grâce à ma maman qui adorait aller au théâtre.

J'ai vu  La Mouette,  Oncle Vania,  Les Trois Sœurs et  La Cerisaie. Mais j'avoue que c'est bien tout ce que j'ai vu d'Anton Tchekhov, et j'aimerai bien les revoir un jour, sauf que le théâtre de ma ville affraid affraid est d'un inconfortable !  lol! et la plupart du temps, les pièces jouées ne me plaisent pas rendeer  d'accord, je suis peut-être difficile
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Petit Faucon
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MessageSujet: Re: Anton Tchekhov, un Pouchkine en prose   Jeu 26 Fév 2015 - 9:08

C'est une très bonne idée ce topic sur Tchekov !!! merci Annwvyn I love you 

Je pense qu'en France, ses pièces les plus jouées sont les dernières, les 4 citées par Fée Clochette, qui sont également les 4 que j'ai vues Wink .

La première fois que j'ai rencontré Tchekov c'était avec Les Trois Soeurs, au théâtre, et c'est Anne Alvaro qui jouait Olia sunny . L'atmosphère mélancolique, les discussions entre les personnages, l'amour qui s'enfuit, tous ces thèmes m'avaient marqués, et cette pièce m'avait fait une forte impression.
Ensuite j'ai vu La Cerisaie, et j'ai retrouvé la même douceur et le même désenchantement qui me plait tant chez cet auteur.

J'aimerais lire d'autres oeuvres de lui, peut-être ces carnets dont tu parles Annwvyn.
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Annwvyn
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MessageSujet: Re: Anton Tchekhov, un Pouchkine en prose   Jeu 26 Fév 2015 - 9:19

De rien Fée Clochette. sunny Personnellement je te comprends. Inutile d'aller au théâtre pour y voir de mauvaises pièces et pour se casser le dos. Rolling Eyes Je préfère lire les pièces dans ce cas, et les lire pour moi à voix basse (j'aime vraiment peu le théâtre filmé).

Ca me fait penser qu'en fait, ma toute première expérience de théâtre, était aussi une petite pièce de Tchekhov. Elle s'appelait Une demande en mariage et ma première réplique était : "Aaaah c'est vous ! Et ma mère (mon père) qui me dit : "Va au salon, et tu y trouveras un négociant en je-ne-sais-quoi qui cherche à t'offrir ses services. Bonjour Ivan Vassiliévitch.""

EDIT : Petit Faucon, nous avons posté en même temps. Je suis contente de te retrouver sur ce topic. Very Happy Je vais aller voir à l'Odéon avec Tatiana et Ju la pièce Ivanov. Je ne la connais pas encore, mais il paraît qu'elle est excellente elle aussi. J'appréhende... parce que toutes les pièces de Tchekhov que j'ai lues jusqu'à présent se terminent par un coup de feu (et un mort Rolling Eyes), et je crois me souvenir que c'est pareil pour Ivanov.
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MessageSujet: Re: Anton Tchekhov, un Pouchkine en prose   Jeu 26 Fév 2015 - 10:07

Très belle ouverture de topic Annwvyn !
J’avais beaucoup apprécié le Platonov que nous étions allées voir, et j’ai hâte de voir Ivanov Very Happy
A part ça, je ne connais pas grand-chose de cet auteur (à part ma lecture des Trois sœurs, suite à tes conseils. J’avais bien aimé, mais comme toi, je préfère le théâtre joué à l’écrit)
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Annwvyn
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MessageSujet: Re: Anton Tchekhov, un Pouchkine en prose   Jeu 26 Fév 2015 - 10:29

Merci Ju. Smile

Ju a écrit:
mais comme toi, je préfère le théâtre joué à l’écrit)

Je pense que c'est le cas de beaucoup de gens, parce que le théâtre est fait pour être joué. Wink Ce que je disais surtout, c'est que je préfère encore lire, plutôt que de voir un enregistrement filmé d'une pièce, je trouve qu'à l'écran ça ne passe pas si bien (à quelques rares exceptions).
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MessageSujet: Re: Anton Tchekhov, un Pouchkine en prose   Jeu 26 Fév 2015 - 11:56

@ Annwvyn:

Merci pour ta présentation, Annwvyn. Voilà un auteur qui manquait cruellement à cette Auberge.

Pour ma part, je ne connais que deux oeuvres d'Anton Tchekhov.

La première, j'en ai vu une représentation théâtrale en 2010, au Théâtre Nuithonie, en Suisse romande: il s'agissait de Ce Fou de Platonov, sobrement rebaptisé à l'époque Platonov. La pièce était mise en scène par Valentin Rossier, lequel interprétait également le rôle-titre, avec beaucoup de souffle et d'aisance. Il était notamment accompagné de Claude-Inga Barbey (Anna Petrovna Voïnitseva), une comédienne et humoriste de grand talent, Maurice Aufair (Porfiri Semionovitch Glagoliev) et Vincent Bonillo (Sergueï Pavlovitch Voïnitsév).


Affiche de la Première de Ce Fou de Platonov, mis en scène à Genève par Valentin Rossier, 2010.

Comme l'a écrit Annwvyn, Platonov est une pièce fleuve qui, dans l'adaptation que j'ai vue à tout le moins, durait près de 4 heures sans l'entracte. La pièce met en scène un groupe d'amis et de parents, tous invités dans la belle demeure de la veuve Anna Petrovna Voïntseva. Au centre des convives, Mikhaïl Vassilievitch Platonov, sorte de philosophe hâbleur, buveur et complètement désespéré, devenu instituteur à la campagne suite à de sombres déboires citadins. Autour de ce personnage à la fois séduisant et ambigu gravitent sa femme, Alexandra Ivanovna, son beau-père, Ivan Ivanovitch Triletski, son beau-frère Nikolaï Ivanovitch Triletski, le beau-fils de l'hôtesse, Sergueï Pavlovitch Voïntsev, l'épouse de ce-dernier, Sophie Égorovna Voïntseva et toute une ribambelles de figures issues tantôt de la famille, tantôt du voisinage. Evidemment, ce beau monde passe son temps à boire, à disserter, à se disputer et à intriguer aux frais de la princesse.

Pour ma part, sans conserver un mauvais souvenir de la pièce, je n'ai vraiment pas accroché. Mais alors pas du tout. Les diverses intrigues m'ont paru totalement dilué dans d'interminables bavardages dont j'ai vite perdu la lisibilité, les personnages se répandaient en longues envolées avinées, les secrets et les confidences se multipliaient au point d'étouffer l'intrigue et, l'alcool coulant à flots, le chaos allait s'amplifiant à mesure que l'on avançait dans l'histoire: j'ai eu beaucoup de peine à saisir et la trame narrative bien réelle, et le message "philosophique" de la pièce. Dans cette forêt de personnages et d'intrigues, la longueur interminable n'encourage pas non plus à une excessive concentration et j'ai fini par suivre chaque scène comme une petite pièce indépendante, sans plus chercher à comprendre l'architecture générale.

Toutefois, les comédiens étaient tous excellents, d'une drôlerie souvent irrésistible, toutes qualités ayant rendu pour moi la pièce plutôt regardable.

Dans mon esprit, toute cette histoire se résume à une réplique prononcée par le héros, alors que l'une des convives lui demande ce qui ne va pas. Le personnage répond alors, à moitié écroulé sur sa bouteille: "J'ai mal à Platonov." Pour moi, toute la trame se résume à des personnages qui ont mal à eux-mêmes et dont la souffrance, eu égard à ce qui est communiqué au spectateur, n'est pas toujours intelligible.

Ma deuxième expérience est celle d'une adaptation cinématographique libre de La Mouette intitulée La Petite Lili (2002). Ce film de Claude Miller réunit une sacrée brochette d'acteurs, et pas des moindres: Nicole Garcia, Jean-Pierre Marielle, Bernard Giraudeau, Ludivine Sagnier, Robinson Stévenin, Julie Depardieu - qui a obtenu, pour son magnifique personnage doux-amer, le César du meilleur Espoir féminin et le César du meilleur second Rôle féminin -, Yves Jacques, Anne Le Ny ou encore Michel Piccoli.


Claude Miller, La Petite Lili, librement inspiré de La Mouette, 2002.

Je ne sais pas si le film suit la structure narrative de la pièce: celui-ci se découpe à tout le moins en deux grandes parties, scindées par un éclatement géographique.

Dans le premier volet, on assiste à une sorte de réunion de famille estivale dans une grande maison sur l'Île aux Moines, en Bretagne. Mado (Nicole Garcia), célèbre actrice entre deux âges, y retrouve entre autres son frère Simon (Jean-Pierre Marielle), retraité nonchalant indifférent à ce qui l'entoure, son amant Brice (Bernard Giraudeau), réalisateur de films à succès, et son fils Julien (Robin Stévenin), cinéaste en herbe écorché vif en grande bisbille avec le monde entier. Révéré par la discrète Jeanne-Marie (Julie Depardieu), à qui il ne prête pas la moindre attention, Julien est fou amoureux d'une jeune femme fraîche et ingénue native des lieux, Lili (Ludivine Sagnier), qu'il choisit comme actrice unique de son premier court-métrage. Toute la première partie nous dépeint les relations, relativement tendues, entretenues par les personnages, avec leurs lots pesants d'ambiguïtés et de non-dits.

Le deuxième volet nous transporte à Paris où nous retrouvons Mado et Brice, en pleine préparation d'un film. Je n'en dit pas plus sur les autres personnages car il me serait impossible de le faire sans dévoiler la totalité de l'intrigue.

Les acteurs, jusqu'aux plus petits seconds rôles, sont très bons et j'ai trouvé qu'ils excellaient tous dans le registre psychologique propre au huis-clos de la première partie.

Spoiler:
 

J'aimerais encore ajouter qu'en me renseignant sur la pièce d'Anton Tchekhov, La Mouette, j'avais trouvé à l'idée directrice de l'histoire quelque chose de très juste et de très poignant sur la nature humaine.

Spoiler:
 

C'est bien de l'Homme, en effet, de détruire par vide et par désœuvrement.
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Annwvyn
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MessageSujet: Re: Anton Tchekhov, un Pouchkine en prose   Jeu 26 Fév 2015 - 12:11

Tchekhov ne donne pas forcément de direction à ses pièces, et je ne crois pas qu'il faille y chercher un message philosophique particulier. Ses pièces sont des dialogues, sans fin parfois. On y parle de la vie, ou plutôt de la survie. Et la vie n'a pas forcément de sens. Je pense qu'il faut apprécier Tchekhov comme un poète, plus que comme un romancier qui donnerait des leçons, ou qui serait un guide vers quelque chose. C'est simplement sa façon de voir les choses qui transparaît, et il faut se laisser porter, sans attendre un développement d'intrigue conventionnel. Personnellement, chacun de ses mots me touche, et je me sens proche de cet auteur. Platonov est une pièce inaboutie sans doute, et elle a été retrouvée dans le coffre d'une banque après le décès de l'auteur et publiée comme telle, donc par certains côtés, sans doute, elle est moins "accessible". Mais pour l'avoir jouée, je la trouve quand même fabuleuse. I love you

J'ai personnellement toujours trouvé les fins de Tchekhov tragiques. Les trois pièces que j'ai vues finissent horriblement mal
Spoiler:
 

Bref, c'est plutôt désespérant ! Il y a juste quelques répliques finales, traduisant à peine une volonté de vivre, dans Les Trois sœurs... mais je trouve ça plus triste qu'autre chose.

« Oh, mes sœurs chéries, notre vie n’est pas encore terminée. Il faut vivre ! La musique est si gaie, si joyeuse ! Un peu de temps encore, et nous saurons pourquoi cette vie, pourquoi ces souffrances… Si l’on savait ! Si l’on savait ! »

Après, je tiens à dire que ce n'est pas parce qu'on est dans le théâtre russe, que la fin est tragique. Rolling Eyes Par exemple, si on prend Les Estivants de Gorki, ce n'est pas le cas. Gorki a beau être le successeur de Tchekhov, il part plus gagnant, et ses idéaux socialistes ressortent : on peut construire quelque chose de nouveau. Donc rien à voir avec des grands développements tragiques (alors évitons les clichés Smile ).
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MessageSujet: Re: Anton Tchekhov, un Pouchkine en prose   Jeu 26 Fév 2015 - 12:22

Il semble que ce topic suscite pas mal d'animation, preuve que Tchekov est un auteur lu, joué et admiré, et que tu répares une injustice avec cette belle présentation, Annwvyn !
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MessageSujet: Re: Anton Tchekhov, un Pouchkine en prose   Jeu 26 Fév 2015 - 12:26

Petit Faucon a écrit:
Il semble que ce topic suscite pas mal d'animation, preuve que Tchekov est un auteur lu, joué et admiré, et que tu répares une injustice avec cette belle présentation, Annwvyn !

On verra si ce topic est toujours aussi animé dans deux jours ! lol!
Ce qui est sûr, c'est qu'il est régulièrement joué à Paris ces temps ci, et j'essaye autant que possible d'aller voir les pièces que je ne connais pas. Je sais aussi que toute le monde n'est pas touché par l'auteur... J'imagine que c'est parce que c'est un auteur qui émeut plus qu'il ne donne des leçons, et à la manière de la poésie, on est touché ou on ne l'est pas. Certaines personnes ne trouvent pas d'intérêt à Tchekhov. Very Happy


Dernière édition par Annwvyn le Mar 24 Mar 2015 - 9:28, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Anton Tchekhov, un Pouchkine en prose   Jeu 26 Fév 2015 - 13:59

@ Annwvyn et Ju :

J'ai trouvé ICI une critique de Ivanov de Tchekov, la pièce que vous allez voir prochainement ... avec Micha Lescot et Marina Hands , peut-être que vous l'avez déjà vue ...
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MessageSujet: Re: Anton Tchekhov, un Pouchkine en prose   Jeu 26 Fév 2015 - 18:44


Très bonne idée de topic Annwvyn Smile . Je connais le dramaturge de nom sans avoir encore eu l'occasion de voir ses pièces. Lacune que je vais bientôt combler, en très bonne compagnie Wink .

Ma seule approche de Tchekhov, et encore d'assez loin, a été mon visionnage de La petite Lili dont parle Dérinoé. Et encore je l'avais vu pour les acteurs, ce n'est qu'au générique que j'ai appris le lien avec cet auteur. Je ne m'en souviens plus tellement car je l'avais vu au cinéma, hormis les personnages bien fouillés et complexes, celui de Julie Depardieu notamment (incontestablement son meilleur rôle). Ah, s'y trouve aussi une réflexion sur le temps qui passe grâce à l'irrésistible Jean-Pierre Marielle.

Bref, je serai plus à même de contribuer à ce topic d'ici quelques semaines Razz .

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MessageSujet: Re: Anton Tchekhov, un Pouchkine en prose   Mer 11 Mar 2015 - 8:52


Le hasard fait bien les choses  Smile , un premier film français sur Tchekvov sort mercredi prochain, intitulé Anton Tchékhov 1890.

Allociné a écrit:
Été 1890. Pour se faire un peu d’argent et nourrir sa famille, Anton Tchekhov, médecin modeste, écrit des nouvelles pour des journaux qu’il signe Antocha Tchékhonté. Des personnages importants, écrivain et éditeur, viennent lui faire prendre conscience de son talent. Sa situation s’améliore et Anton Tchekhov obtient le prix Pouchkine et l’admiration de Tolstoï. Mais lorsque l’un de ses frères meurt de la tuberculose, Anton le vit comme un échec personnel et veut fuir sa notoriété et ses amours. Il se souvient de sa promesse et décide alors d’aller sur l’Ile de Sakhaline, à 10 000 kilomètres de Moscou, à la rencontre des bagnards.

Dans la distribution, pas de grand nom mais des acteurs que j'ai déjà vus ailleurs, Lolita Chammah, Jacques Bonnaffé et Robinson Stévenin. Tchékhov quant à lui est joué par Nicolas Giraud, vu dans Le Général du roi et récemment Loin des hommes. Je me laisserai sûrement tenter puisque je verrai bientôt ma première pièce tchékhovienne sur scène, sans parler de la dimension biographique qui m'intéresse toujours.

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MessageSujet: Re: Anton Tchekhov, un Pouchkine en prose   Mer 11 Mar 2015 - 9:00

Excellente nouvelle Tatiana ! cheers Je n'avais absolument pas entendu parler de ce film.
Je suis évidemment très intéressée par ce film, d'autant que j'ai les carnets de voyage de Tchekhov sur l'île de Sakhaline (un livre d'une taille conséquente, 500 pages je dirais, et il y a des photographies en noir et blanc qui sont insérées au milieu). Je ne l'ai pas encore lu, et je suis étonnée que ce soit le sujet du film, mais voilà qui m'intéresse énormément ! Very Happy
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MessageSujet: Re: Anton Tchekhov, un Pouchkine en prose   Mer 11 Mar 2015 - 9:05

Merci Tatiana pour cette information ! si je comprends bien, le film se focalise sur un épisode de sa vie, qui a été en quelque sorte un tournant dans sa vie d'homme et d'artiste.
Je vais essayer moi aussi de voir ce film, le bagne de Sakhaline est un sujet nouveau pour moi, et je connais finalement assez peu la vie de Tchekov.
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MessageSujet: Re: Anton Tchekhov, un Pouchkine en prose   Mer 11 Mar 2015 - 15:24

J'ai lu Oncle Vania et La Cerisaie que j'aimerais bien voir au théâtre! (mais c'est trop cher pour moi Wink en imaginant que ça passerait )
Oncle Vania m'a beaucoup plu!

Je viens de lire Le moine noir: quelqu'un connait? Il s'agit d'une nouvelle où Tcheckhov traite de la folie. J'avoue avoir été un peu déçue par cette histoire.

Annwvyn, tes citations me donnent envie de lire Les trois soeurs! cheers
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MessageSujet: Re: Anton Tchekhov, un Pouchkine en prose   Mer 11 Mar 2015 - 15:53

Je ne crois pas avoir lu de nouvelles de Tchekov Rolling Eyes , ou alors je n'en ai pas de souvenirs ...
Qu'est-ce qui t'a déçu ? tu t'attendais à quelque chose de gothique ?
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MessageSujet: Re: Anton Tchekhov, un Pouchkine en prose   Jeu 12 Mar 2015 - 15:15

Non, non, je ne m'attendais à rien de particulier. J'ai eu le sentiment que à peine nous rentrions dans le vif du sujet, l'histoire était déjà terminée. Je suis friande de nouvelles, donc le problème n'est pas que ce soit court. Mais là, je suis clairement restée sur ma faim.
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MessageSujet: Re: Anton Tchekhov, un Pouchkine en prose   Lun 23 Mar 2015 - 21:52

Je reviens juste de Anton Tchekhov 1890, et franchement, Tatiana, je te remercie d'avoir parlé de ce film, à côté duquel je serais passée autrement. C'est un excellent film, modeste, très sobre, mais d'une grande justesse, réserve et sensibilité. I love you Très classique, mais précis, tranquille, c'est très bien ainsi.

Le film est passionnant, notamment en ce qui concerne la personnalité de Tchekhov. Je me suis sentie moins proche de lui que ce à quoi je m'attendais (je réalise que mon cœur à moi n'est pas totalement éteint ce qui n'est pas une mauvaise chose Smile). Tchekhov avait beau avoir le cœur sur la main, s'être dévoué à sa famille toute sa vie, il était très distant, très calme, presque froid. J'ai trouvé que son observation attentive des gens confinait parfois à la cruauté, mais malgré lui, sans doute. Il devait être un peu maladroit. Il n'empêche, c'est un personnage intéressant, droit, mais qui jugeait peu, attentif, raisonnable. J'ai adoré l'interprétation de Nicolas Giraud, pleine de nuances. Je ne connaissais pas cet acteur, mais je l'ai trouvé génial.

Passionnant aussi pour tout l'environnement autour de Tchekhov, sa famille est omniprésente, je me suis sentie proche de Macha, la sœur de Tchekhov. Il y a aussi quelques passages un peu amusants, l'âme russe, le sourire dans la douleur. Et enfin de très beaux portraits de femmes, Macha donc, mais aussi la jeune institutrice perdue sur l'île de Sakhaline. J'adore les héroïnes chez Tchekhov (alors que je crois avoir lu que Tchekhov était misogyne scratch ). Intéressant enfin le contexte de la vie de l'époque, le bagne de Sakhaline (qui n'est pas autant le sujet du film qu'on pourrait croire), la façon de vivre dans la petite bourgeoisie russe, l'élégance des messieurs et leur exubérance parfois...

Pour ce qui est des écrits de Tchekhov, ils sont présents en filigrane, surtout ses nouvelles, ainsi que ses carnets de voyage au bagne (je les avait achetés sur un coup de tête, j'ai bien envie de les lire à présent !), et la naissance de ses pièces. Une allusion à Platonov est faite, et on devine qui lui a servi d'inspiration pour La Mouette (qui n'est pas ma pièce préférée quand j'y repense). On rencontre Tolstoï aussi, haut en couleurs, mais lui aussi homme de principe (et passionné, au contraire du plus jeune Tchekhov). Tchekhov a écrit toutes ses pièces dans les 8 dernières années de sa vie, et celles-ci ne sont pas traitées par le film, qui évoque les années autour de 1890.

Voilà un film qui m'a semblé plus juste, plus modeste et plus sincère que le Onegin avec Ralph Fiennes (que j'aime quand même beaucoup ! Very Happy). Il passe malheureusement dans peu de cinémas, mais je le recommande tout particulièrement. C'est un film touchant, plus amer qu'émouvant, mais toujours dans la réserve. Bref, une chouette découverte !


Dernière édition par Annwvyn le Lun 23 Mar 2015 - 22:36, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Anton Tchekhov, un Pouchkine en prose   Lun 23 Mar 2015 - 21:59

Merci pour cet avis Annwvyn, tu me fais presque regretter de n'être pas venue le voir avec toi...
Tant pis, je le regarderai quand il passera à la télé! Smile
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MessageSujet: Re: Anton Tchekhov, un Pouchkine en prose   Mar 24 Mar 2015 - 8:44


Quel enthousiasme, merci pour ton commentaire très intéressant Annwvyn. Sobriété, classicisme et sensibilité, voilà qui devrait aussi me plaire  Smile . Le film est heureusement à l'affiche chez moi, j'espère pouvoir le voir ce week-end, en croisant les doigts pour que les nouveaux horaires à partir de demain m'arrangent.

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MessageSujet: Re: Anton Tchekhov, un Pouchkine en prose   Mar 24 Mar 2015 - 9:07

Tatiana a écrit:
Sobriété, classicisme et sensibilité, voilà qui devrait aussi me plaire.  Smile

Quand j'ai vu le film, je me suis justement dit qu'il pourrait te plaire. sunny C'est un film classique, mais brut, plein de bruits de parquet, du souffle du vent... sans musique envahissante (juste un peu de piano), sans grands mouvements romanesques. C'est le classicisme dans ce qu'il a de meilleur, c'est respectueux et sincère. Smile

Je suis très contente que tu aies l'occasion de le voir Tatiana, et j'espère vraiment que tu aimeras. bounce
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MessageSujet: Re: Anton Tchekhov, un Pouchkine en prose   Mar 24 Mar 2015 - 13:28

Merci de vos critiques enthousiastes ! vous me rappelez que j'ai lu un compte-rendu très élogieux sur ce film la semaine dernière, et je compte aller le voir en fin de semaine.
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MessageSujet: Re: Anton Tchekhov, un Pouchkine en prose   Mar 24 Mar 2015 - 13:56

Merci pour ton avis Annwyn, j'irai probablement le voir dans la semaine.
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MessageSujet: Re: Anton Tchekhov, un Pouchkine en prose   Sam 28 Mar 2015 - 21:05


Je sors du film et mon avis rejoint le tien Annwvyn  Smile . D’abord, ne connaissant rien à Tchekhov en-dehors du nom de quelques unes de ses pièces, j’ai presque pris ce film comme un docu-fiction. On se rend bien compte de la place de littérature dans sa vie, et j’ai aimé voir le passage d’une écriture pour le plaisir et surtout pour subvenir aux besoins de ceux qu’il aime à un succès et une reconnaissance qu’il n’ambitionnait pas. A la fois émouvant, tendre, poignant et austère, la mise en scène est classique et sobre (soulignée par de beaux morceaux de piano), la reconstitution historique soignée.

Les scènes familiales sont formidables, on prend plaisir à voir le jeune médecin qu’était Tchekhov entourée de ses proches. Sa complicité avec sa sœur Macha est particulièrement bien rendue  I love you , en peu de choses, avec pudeur et émotion. Une de mes découvertes a été la place de l’art dans ce petit groupe très uni, oscillant entre peinture et littérature mais aussi attentif aux malheurs de leur temps, les ravages de la tuberculose par exemple. J’ai moins aimé la partie dans l’île de Sakhaline, moins solide, comme si le réalisateur savait qu’il ne pouvait traiter cet épisode en longueur mais tenait à le faire figurer en raison de la place qu’il a à l’évidence occupé dans la vie de l’auteur. Par exemple, il s’y rend pour rencontrer les prisonniers et connaître leurs conditions de détention mais c’est à peine si on a droit à quelques courts dialogues entre des détenus et lui. Malgré sa relative courte durée le propos est très dense et c'est une belle tranche de vie qui est couverte.

Le film bénéficie d'une distribution très solide, à commencer par Nicolas Giraud (un acteur à suivre) excellent et touchant de bout en bout. Son Tchekhov est un peu froid effectivement, posé et sérieux, mais je l’ai aussi trouvé attachant dans l’attention qu’il porte aux autres et dans son rapport à la littérature et à sa propre écriture. Je me suis amusée à retrouver Robinson Stévenin, Frédéric Pierrot (que je ne m’attendais pas à voir en Tolstoï    – soit dit en passant j’ignorais que ce grand homme détestait les pièces de Shakespeare  Crying or Very sad ) et même Albert Delpy. En revanche j’ai eu du mal avec le personnage et l’interprète de l’institutrice, enfin surtout l’interprète qui m’a semblée en-deçà de ses partenaires et en retrait. Mais dans l’ensemble, les très nombreux acteurs composent des personnages attachants et vrais. Chacun a de la consistance dans cette vaste Russie de fin de siècle.

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